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moderne uni 150.jpgVers une réforme de l’université ?


En 2006 encore, peu d'universités européennes figuraient dans le haut du "classement de Shanghai" des meilleures universités du monde. Seules neuf intègraient le top 50, et deux d'entre elles (Cambridge et Oxford au Royaume-Uni) figuraient parmi les 20 premières. Significatif ?



Bien que le "classement de Shanghai" soit imparfait, il possède une certaine autorité dans le domaine des sciences (à ce sujet, lire l'aticle Mauvaises notes pour les facs européennes), et il en dit long sur le retard de l'Europe.

Le fait est que, depuis de très nombreuses années, les Etats-Unis accueillent le plus d'étudiants étrangers, et souvent les meilleurs. Ceux-ci sont attirés par les moyens élevés des universités outre-Atlantique et de leurs meilleurs équipements pour la recherche. Résultat : Les scientifiques basés aux Etats-Unis gagnent plus de prix Nobel que dans d'autres pays et réalisent plus d'articles publiées dans les grandes revues scientifiques (deux des critères du "classement de Shanghai").

Public contre privé

Pourquoi un tel écart ? Une grande partie de la réponse se trouve dans les différences fondamentales entre les systèmes de l'enseignement supérieur. En Europe, l'Etat joue un rôle prépondérant. Les gouvernements financent largement l'université tout en encourageant les inscriptions. Mais alors que le nombre d'étudiants grandit, les budgets nationaux consacrés à l'enseignement sont incapables de répondre à la demande de places et d'assumer les coûts croissants liés aux techniques modernes d'éducation. Les universités européennes ont par ailleurs peu d'autonomie, notamment pour le choix des enseignants et des chercheurs.

Aux Etats-Unis, en revanche, le système est basé sur une combinaison Etat/marché qui laisse une très large autonomie aux universités. Comme en Europe, le gouvernement subsidie l'enseignement supérieur, mais il le fait différemment : via des financements à la recherche et des prêts aux étudiants. Il fait aussi jouer la concurrence entre les établissements qui veulent s'attirer les fonds et les étudiants. Par conséquent, les universités tiennent plus compte de leur viabilité économique, ce qui oriente certains choix - en matière de recherche notamment - vers des domaines plus rentables.

Egalité ou qualité

Une autre différence est que le système européen repose sur le principe d'égalité (l'éducation pour tous), tandis que le système américain est basé sur le mérite (qui obtient une bourse)… et l'argent (qui paye). Aux Etats-Unis, les étudiants payent généralement le prix fort pour leur formation, et les établissements disposent donc de plus de moyens. Par ailleurs, les étudiants sont plus motivés, car ils font attention à rentabiliser l'investissement, et ils choisissent plus facilement des diplômés qui intéressent les employeurs.

Globalement, la somme d'argent qui entre dans l'enseignement supérieur en Europe est plus importante qu'aux Etats-Unis, mais elle est plus morcelée. Selon les chiffres de l'OCDE, les dépenses par étudiant universitaire en 2002 étaient de 18.570 dollars aux Etats-Unis contre 8.970 en Grande-Bretagne, 7.300 en France et 6.620 en Allemagne. Cette dispersion de l'argent fait que les universités européennes ont du mal à exploiter le potentiel de leurs meilleurs éléments et à en attirer d'autres.

Vers des réformes ?

Certains milieux académiques et politiques ont commencé à mettre en œuvre des réformes. C'est notamment le cas au Royaume-Uni, où le gouvernement de Tony Blair a réintroduit les frais d'inscription à l'université (environ 1.000 livres sterling, ou 1.500 euros) et permis aux universités de faire payer une cotisation supplémentaire aux étudiants. Ces mesures ont été accompagnées d'une augmentation des prêts avantageux pour les étudiants et de bourses afin de laisser une chance aux personnes de milieu défavorisé. D'autres pays envisagent également des réformes allant dans le même sens. En Allemagne, il est question d'introduire un ensemble d'universités d'excellence sur le modèle de la Ivy League américaine.

La question de la modernisation des universités a également été prise en main par la Commission européenne, poussée par certains Etats membres de l'UE. Elle fait notamment partie de la "stratégie de Lisbonne", qui vise à augmenter la compétitivité européenne par une économie fondée sur la connaissance. En mai dernier, la Commission a ainsi émis une série de recommandations pour l'enseignement supérieur. Parmi celles-ci, la mise en place de nouveaux systèmes de financement des universités fixés davantage sur les résultats, la "responsabilisation" des universités vis-à-vis de leur viabilité financière et une plus large autonomie pour les établissements dans le choix des enseignants et des chercheurs.

ITE contre MIT

Par ailleurs, l'UE envisage aussi de créer un Institut de technologie européen (ITE) basé sur le modèle du Massachusetts Institute of Technology américain. Ce genre d'établissement, il est espéré, pourrait rivaliser avec les grandes universités américaines et attirer les meilleurs professeurs et chercheurs du monde, tout en contribuant à améliorer l'image des universités européennes au niveau mondial. Il serait "véritablement autonome", insiste la Commission.

La bataille de l'enseignement supérieur est donc lancée, mais le retard des universités européennes sur leurs concurrentes américaines devrait durer encore longtemps. Par ailleurs, la bataille n'aura pas lieu seulement des deux côtés de l'Atlantique : les universités asiatiques aussi montent en puissance. Le "classement de Shanghai", stable depuis quelques années, pourrait reléguer les universités du Vieux continent encore plus bas si rien ne change en Europe.


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Walueurope
30 août 2006