L’Ara Pacis réouvre à Rome
L'autel le plus célèbre du monde a été réouvert au public ce 21 avril, jour de l'anniversaire légendaire de Rome. L'Ara Pacis (Autel de la Paix), un petit monument de marbre datant de l'époque d'Auguste, est désormais abrité, après sept ans de travaux et de controverses, par une nouvelle enceinte de protection conçue par l'architecte américain Richard Meier.
"Nous confions aujourd'hui aux Romains l'Ara Pacis, symbole d'une Rome antique et moderne", a déclaré le maire de Rome Walter Veltroni (photo, en compagnie de Richard Meier) devant un parterre de journalistes italiens et internationaux. "L'Ara Pacis est à nouveau en sécurité", a-t-il ajouté, rappelant que la structure précédente, construite à l'époque fasciste, ne protégeait pas adéquatement le chef-d'œuvre antique de l'humidité.
L'attente était grande. En effet, l'Ara Pacis est considérée comme l'apogée de la sculpture décorative romaine et un des monuments-phares de la Ville Eternelle. Construite entre l'an 13 et l'an 9 avant J-C pour célébrer la paix établie par l'empereur Auguste après ses victoires en Gaule et en Espagne, elle consiste en un autel sacrificiel à ciel ouvert entouré d'une enceinte de marbre de 11,65m sur 10,62m, le tout orné de bas-reliefs d'un détail exquis.
Mais la vedette de la cérémonie de réouverture était autant la nouvelle structure que le monument lui-même. Le grand bâtiment de verre et de ciment blanc (la couleur fétiche de Meier) offre une touche de modernité inédite dans le centre historique de Rome. Bien qu'il comprenne certaines parties en travertin (la roche beige claire du Colisée) pour s'harmoniser avec son environnement, les matériaux et les formes contrastent avec les autres bâtiments de la Piazza Augusto Imperatore.
L'Autel de la discorde
Il aura fallu plus de temps pour construire le Musée de l'Ara Pacis que l'Ara Pacis elle-même. Le bâtiment de Richard Meier n'est d'ailleurs pas encore entièrement fini : pendant la cérémonie d'inauguration, des ouvriers étaient encore occupés à recouvrir le béton d'un mur latéral de la structure avec des dalles de travertin. Depuis que l'ancien maire Francesco Rutelli a chargé l'architecte américain de construire la nouvelle structure en 1996, de nombreuses controverses et des problèmes archéologiques ont ralenti l'exécution du projet.
Outre l'aspect moderne du bâtiment, son coût, 16 millions d'euros, a également fait l'objet de nombreuses controverses. Pendant la cérémonie d'inauguration, une poignée des membres du groupuscule d'extrême droite Fiamma Tricolore manifestaient contre ce qu'ils jugent être un gaspillage de l'argent public. Alors que Rome compte des dizaines de milliers de sans-abri, scandaient-ils, il était indécent de dépenser autant d'argent pour un "scempio" (un massacre) des mains d'un architecte étranger.
Cependant, comme l'empereur Auguste ne le savait que trop bien, les actes des grands de ce monde éclipseront toujours les besoins des gens modestes. Comme nous dit l'empereur dans les Res Gestae Divi Augusti (Les Actes du divin Auguste), gravées en latin sur un mur extérieur du musée, "… j'ai consacré sur les prises de guerre des offrandes sur le Capitole, dans le temple du divin Jules, dans le temple d'Apollon, dans le temple de Vesta, dans le temple de Mars Vengeur, offrandes qui m'ont coûté environ cent millions de sesterces." Il est improbable qu'il y ait eu beaucoup de protestations.
Corentin Wauters/Anthony Smith
24 avril 2006
Galerie photo de l'inauguration