Romano Prodi gagne de justesse
Après une nuit à rebondissements, l'alliance de centre-gauche semble avoir gagné les élections italiennes. Romano Prodi et l'Unione ont obtenu 341 sièges contre 277 à la Chambre des députés et 158 contre 156 au Sénat. Ils obtiendraient ainsi la majorité dans les deux assemblées, toutes deux nécessaires pour gouverner, et mettraient fin à cinq ans de pouvoir pour Silvio Berlusconi.
Ces résultats officiels doivent cependant être pris avec précaution dans la mesure où Silvio Berlusconi a demandé, par l'intermédiaire de son porte-parole Paolo Bonaiuti, "une scrupuleuse vérification de tous les bulletins de vote" ; une situation qui ne va pas sans rappeler le quasi-match nul de l'élection présidentielle américaine de 2000, comme l'ont fait remarquer les médias italiens.
Les expatriés sauvent Prodi
A la Chambre, l'Union a obtenu 49,8% des suffrages contre 49,7% pour la Maison des Libertés, la coalition de droite. Mais malgré cette victoire étriquée (à peine quelque 25.000 voix sur 47 millions) la gauche y bénéficiera d'une majorité confortable grâce à la "prime de majorité".
Au Sénat, en revanche, la marge sera beaucoup plus étroite. Ce n'est qu'après l'addition des résultats des circonscriptions de l'étranger, ce mardi en fin de matinée, que l'alliance de Romano Prodi a pris le dessus. La gauche devrait donc pouvoir disposer de la majorité absolue, grâce aussi au soutien d'un sénateur neutre et d'une partie des sept sénateurs à vie. Ironie du sort, l'introduction du vote des expatriés faisait partie des réformes électorales mises en place par la Maison des Libertés.
Une victoire au goût amer
"Nous avons gagné (…) nous tournons la page et nous devons travailler pour unifier le pays, pour mettre en œuvre notre programme", a déclaré Romano Prodi dans la nuit de lundi à mardi. Mais cette victoire a un goût amer. Comme a titré le quotidien Il Giornale, "le référendum anti-Berlusconi a été un échec". La gauche espérait en effet une répétition de la sévère défaite infligée à la droite aux régionales de mai 2005. Les derniers sondages publiés quelques jours avant les élections lui donnaient même une avance de 5%.
Le nouveau gouvernement ne devrait pas entrer en fonction avant plusieurs semaines, le temps pour le Parlement de choisir un nouveau président de la République. Ensuite, Romano Prodi aura fort à faire pour démentir l'un des principaux arguments de campagne de Silvio Berlusconi : la prétendue division de la gauche. Avec une majorité étroite au Sénat, le chef de l'Union dépendra des partis les plus à gauche de l'Union, dont les Communistes de Fausto Bertinotti. Ceux-là même qui avaient fait tomber le premier gouvernement Prodi en 1998.
Corentin Wauters
11 avril 2006