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Suivez les chemins qui les ont menés là où aucun homme - où plutôt aucun Européen - n’avait jamais été Langues de l'Union : argent ou égalité ?
Le système des langues de l'Union attribue officiellement des droits égaux à toutes les langues des Etats membres, et la législation européenne et certains documents formels sont publiés dans chacune des 20 langues officielles. Toutefois, la Commission n'émet actuellement ses communications internes que dans les trois langues principales (l'anglais, le français et l'allemand), tandis que les règles diffèrent dans une certaine mesure au Parlement, au Conseil et à la Cour de Justice. D'après le réseau d'information Eurydice, avant même le récent élargissement, l'Union conduisait l'opération de traduction la plus grande du monde - deux fois celle des Nations unies. Le système de l'Union requiert environ 2000 traducteurs de textes écrits et environ 80 interprètes chaque jour, pour un coût total d'un milliard d'euros par an. Avec la Turquie, la Croatie, la Bulgarie et la Roumanie qui frappent à la porte de l'Union, le nombre de langues officielles pourrait passer de 20 à 24, et les coûts futurs pourraient monter en flèche. Un droit fondamental Même si la charge financière pour l'Union peut paraître la question la plus pressante, il y a d'autres enjeux. Le plus significatif concerne les droits fondamentaux. Logiquement, la Commission indique qu'il est essentiel que la législation soit publiée dans les langues officielles de tous les Etats membres, car l'Union européenne ne peut attendre des citoyens européens qu'ils observent des lois qu'ils ne comprennent pas. Par ailleurs, une Union dominée par l'anglais serait inacceptable politiquement pour de nombreux pays, en particulier la France, l'Italie, l'Espagne et la Pologne. A cet égard, Richard Crowe, le porte-parole de la Direction générale Traduction de la Commission européenne, a dit à National Geographic : "Les membres sont élus et représentent le public en fonction de leur position politique et non pour leurs compétences linguistiques, donc, dans l'intérêt de la démocratie et de la transparence, le service qui leur est fourni doit être beaucoup plus multilingue". Le polonais langue officielle ? Désireux d'équilibrer la position dominante de l'anglais dans l'Union, le linguiste français Claude Hagège suggère d'ajouter une langue de travail slave, comme le polonais, à côté de l'actuel trio germanique-roman du français, de l'anglais et de l'allemand. Mais, de manière surprenante, cette solution est critiquée en Pologne. Dans une interview le 8 mai, l'eurodéputé libéral polonais et ex-ministre des Finances Bronlisaw Geremek, a dit à la Gazeta Wyborcza qu'une langue supplémentaire augmenterait les coûts et rencontrerait l'opposition d'autres pays slaves. Faire payer les Britanniques pour des cours d'anglais ? Mais la critique provocatrice la plus aiguë est venue de la part du linguiste et économiste suisse François Grin, dans une interview accordée le 9 mai à EUObserver. Selon le Dr Grin, le système actuel est totalement injuste, car la majorité des membres européens sont forcés de payer pour la formation en anglais, en français et en allemand afin de soutenir la concurrence sur le marché des compétences linguistiques. Le Dr Grin ajoute : "Les langues doivent être apprises. Si l'anglais doit être la seule langue de travail, alors le Royaume-Uni devrait subsidier l'apprentissage de l'anglais en Europe. Si l'anglais, le français et l'allemand sont les seules langues, alors ces trois pays devraient subsidier les autres". Selon ses recherches, la Commission paye actuellement 2,30 euros par citoyen par an pour les dépenses liées à son régime multilingue, et ce coût grimperait à 5,50 euros par citoyen par an si toutes les 20 langues officielles devenaient des langues de travail. L'élite multilingue avantagée Augmenter le nombre de langues de travail permettrait à un plus grand nombre de citoyens européens de comprendre toutes les communications européennes, et pas seulement les textes législatifs. Ceux-ci pourraient alors, s'ils le souhaitent, s'impliquer plus facilement dans les affaires européennes, et éventuellement travailler à Bruxelles L'Union n'en deviendrait-elle pas plus représentative et inclusive ? Certainement, mais ce progrès en matière de transparence et d'accessibilité de l'Union implique un coût qui est jugé trop important. Imposer juste une, deux ou trois langues n'est pas vraiment démocratique, mais pragmatique d'un point de vue économique. Jan Bernas 12 mai 2005
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