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senatore pieraccini 150.jpg«La signature du Traité de Rome fut un moment émouvant»


Giovanni Pieraccini est un ancien député et sénateur italien. Il était présent à la signature du Traité de Rome en 1957 en tant que membre de la direction du Parti Socialiste Italien (PSI). Européiste convaincu, il continue aujourd’hui à œuvrer en faveur d’une union toujours plus forte, focalisant ses efforts sur la culture. Il est un des fondateurs du Festival RomaEuropa, un des événements culturels les plus hétéroclites et importants de la capitale italienne.

Le traité de Rome a été signé le 25 mars 1957. Que faisiez-vous ce jour historique?

J’assistais à la signature du traité au Capitole. Je me souviens qu’il y régnait une grande solennité. Tous les grands noms qui ont été à l’origine de la naissance de l'Union européenne, qui était à l'époque encore la Communauté européenne, étaient là. Parmi les Italiens présents, il reste des hommes comme Andreotti, Colombo et quelques autres, mais nous ne sommes plus très nombreux aujourd’hui.

Pourquoi étiez-vous au Capitole?

J’étais au Capitole en tant que député et représentant du Parti Socialiste Italien. Le Parti sortait de nombreuses années de disputes et de divisions, surtout sur la question européenne. Mais en 1957 - heureusement, je dois dire - il n’était pas opposé à la naissance de l'Europe.

Vous rendiez-vous compte de l’importance de l’événement?

Oui, pour moi, en temps qu’européiste de longue date, c’était un moment émouvant. C’était comme si un horizon plus large que notre histoire nationale s'ouvrait devant nous. Pour l'Italie, cela a été un moment vraiment important, car il s'agissait de redécouverte de notre histoire européenne. Il ne faut pas oublier que nous sortions de vingt ans de nationalisme exacerbé, je dirais même d'impérialisme, qui focalisait l'attention sur les problèmes internes du pays et accordait moins d'importance aux relations européennes.

En regardant en arrière, pensez-vous qu’il aurait été possible de construire l’Europe autrement?

Comme chaque européiste, peut-être, j'aurais imaginé un autre départ, une union plus politique qu'économique. Mais nous ne devons pas oublier qu'il y avait eu la faillite de la Communauté Européenne de Défense [rejetée de Parlement français en août 1954, ndlr]. Même si le départ à travers des accords économiques, comme le fut le Traité de Rome, n'était pas l'idéal pour nous, c’était peut-être l'unique chemin possible. En effet, l'histoire a montré la justesse de cette position, car en partant d'une union économique, peu à peu le propos s'est élargi à des sujets politiques.

Jean Monnet, considéré comme l’architecte de la Communauté européenne, a déclaré plus tard : «Si c’était à refaire, je commencerais par la culture»...

C’est une phrase célèbre que j'ai cité de nombreuses fois, mais j'ai lu qu'il ne l'a probablement jamais prononcée (rires). Commencer par la culture est une observation assez profonde car il est difficile de construire une union basée uniquement sur des accords économiques ou politiques s'il n'existe pas à la de base un sentiment unitaire chez les citoyens.

C’est pour cela que vous avez crée la Fondation RomaEuropa?

Comme son nom l’indique, RomaEuropa est une fondation à laquelle collaborent 26 pays. Elle est fondée sur l'idée de travailler pour l'union culturelle de l'Europe et la connaissance réciproque des pays européens, même si nous sommes ouverts au dialogue avec les autres civilisations. Je pense qu’il est encore assez rare de se sentir «Européen». Bien sûr, il est difficile de trouver un Européen qui pense à renfermer chacun dans sa nation, mais il est aussi vrai que beaucoup de personnes se sentent d’abord français, allemands, anglais, italiens... avant qu'européens. Il y a encore beaucoup de travail à faire si nous voulons nous diriger vers l'union politique.

Concrètement, comment peut-on unire l’Europe au niveau culturel?

Avec des initiatives comme la Fondation RomaEuropa, par exemple. Il devrait aussi y avoir un plus grand engagement à l'école parce que, même si on parle d'Union européenne, je ne pense pas qu’il existe un enseignement sur l'histoire culturelle des Européens et sur ce qui les unit. Notre histoire est caractérisée par de nombreux drames : les guerres, les aberrations du totalitarisme du XXe siècle, le gulag, l'Holocauste, la politique impérialiste... Mais c’est aussi une histoire qui a donné des valeurs comme la liberté, la démocratie, la justice sociale. Ce sont de valeurs européennes autour desquelles nous devons nous unir non seulement dans une constitution ma aussi dans un sentiment.

Interviewé par Corentin Wauters

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