Un fossé à combler
L’écart du niveau de vie entre les Etats membres de l’Union européenne avant le 1er janvier 2007 et les nouveaux entrants, la Bulgarie et la Roumanie, est saisissant. Selon des statistiques récentes d’Eurostat, le duo des Balkans ne dispose que du tiers du pouvoir d’achat par personne de l’Europe des 25 et huit fois moins que celui du Luxembourg.
Une partie considérable de la population active dans les deux nouveaux Etats membres travaille encore dans l’agriculture. C'est surtout le cas de la Roumanie, qui compte de très nombreux paysans pauvres. En 2004, le secteur primaire représentait plus de 30% des emplois en Roumanie et plus de 10% en Bulgarie, alors que le chiffre était en dessous de 5% dans l’Union européenne.
Ces données confirment l’image que beaucoup en Europe de l’Ouest se font des nouveaux entrants. En Roumanie, les charrettes débordantes de foin sont courantes sur les routes (comme sur la photo). Mais sur ces mêmes chaussées, souvent refaites grâce aux aide européennes, l’on croise de plus en plus de voitures modernes, vendues dans les garages flambants neufs situés au bord des villes.
Essor économique
Les économies bulgares et roumaines sont actuellement en plein essor. Elles devraient connaître 6% et 7% de croissance respectivement en 2006. Le taux de chômage est faible (7,4% en Bulgarie et 7,6% en Roumanie, c’est-à-dire moins que la moyenne de l’UE, de 7,9%). Cela est partie dû à l’émigration (environ 2 millions de Roumains travailleraient à l’étranger), mais aussi grâce à l’importance de l’activité intérieure.
Les réformes économiques qui ont accompagné le processus d’adhésion portent leurs fruits. Cette tendance devrait se renforcer avec l’entrée des deux pays dans l’UE, grâce notamment au commerce avec les autres Etats membres, qui devrait augmenter au sein du marché intérieur, et aux fonds européens de cohésion. Les écarts de revenu devraient donc partiellement se résorber au cours des années à venir.
Lutte contre la corruption
Mais la bonne santé économique des deux pays dépendra également de leur capacité à poursuivre les réformes, notamment en matière de lutte contre la corruption. Dans son rapport d’octobre sur le chemin parcouru par Bucarest et Sofia sur la voie de l’adhésion, la Commission européenne a épinglé la corruption comme un des domaines les plus sérieux.
En Roumanie, la Commission a noté d’importants progrès, notamment en ce qui concerne la condamnation de hauts-responsables politiques, mais en Bulgarie, le processus est plus lent. Bruxelles s’inquiète aussi que les fonds européens ne soient pas dépensés correctement. Normalement, la pression sur les pays baisse après leur adhésion, mais cette fois-ci elle continuera avec des «clauses de sauvegarde».
Corentin Wauters
20 décembre 2006