Par amour du dépaysement et des grands espaces
Pour être fonctionnaire à EuropAid, l'Office de Coopération de la Commission européenne, il ne faut pas avoir peur de l'expatriation, ni d'un peu d'aventure. Le personnel y est posté à l'étranger sur une base tournante : deux missions d'environ quatre ans "en délégation", suivies d'un retour "au siège" à Bruxelles.
C'est le cas de Gabin Hamann, un Mosellan de 43 ans. Actuellement basé à Bruxelles, il a commencé sa carrière à la Commission par deux postes en délégation : un au Tchad et l'autre en République dominicaine. Ingénieur génie civil de formation, il a travaillé plusieurs années dans le domaine des routes et se spécialise maintenant dans le domaine de l'eau.
"J'ai toujours eu envie de voyager", explique ce Français qui, comme la plupart des gens de sa région, a baigné dans deux cultures, l'allemande et la française. Son sentiment franco-allemand n'explique peut-être pas son amour des grands espaces et le voyage, toujours est-il qu'il perçoit cette vocation très tôt. "Je voulais d'abord faire la marine marchande, mais à cause de ma mauvaise vue, j'ai dû me tourner vers autre chose, raconte-t-il. Ce fut le génie civil, un domaine qui ouvre de grandes possibilités de voyager."
Après une expérience d'un an comme enseignant dans un lycée français dans un bled en Algérie, il a la confirmation qu'il est fait pour ça. A son retour, il trouve un travail dans un bureau d'ingénieurs allemand qui lui permet de travailler à la fois sur des autoroutes allemandes et sur des projets en Afrique. Il travaillera pour ce bureau d'études pendant cinq ans.
C'est au retour d'une mission au milieu de la brousse mauritanienne, où il a contrôlé pendant plusieurs semaines la construction d'une route financée par la Communauté européenne, qu'il tombe par hasard sur une annonce pour le recrutement de fonctionnaires pour les délégations. "Après avoir côtoyé des fonctionnaires européens en Afrique, je me disais que c'était pas mal comme travail. Ces gens-là arrivent à concilier la vie à l'extérieur tout en restant dans une capitale, et donc avoir une vie de famille." Deux ans plus tard, il est engagé et part vivre au Tchad, avec sa compagne allemande, pour quatre ans et demi.
Pas facile tous les jours
Malgré sa connaissance de l'Afrique, l'atterrissage à N'Djamena fut un certain choc. "Quand l'avion descendait, j'ai vu les huttes, la couleur ocre, le fleuve… ça m'a quand même fait un pincement au cœur", raconte-t-il. Et d'ajouter : "Les gens disent que l'on a de la chance d'être à l'étranger, mais ce n'est pas facile tous les jours." Un cinéma et trois ou quatre restaurants : le choix en loisirs n'est pas énorme. La vie là-bas, c'est aussi être confronté à la pauvreté et avoir à supporter quelques moments désagréables, comme quelques maladies tropicales et un hold-up par des coupeurs de route. Cependant, cette tranche de vie au Tchad n'a pas laissé que des mauvais souvenirs : "Il y a eu des pleurs en arrivant, mais aussi en partant", précise-t-il.
Les plus grandes satisfactions étaient liées à son travail et les relations développées avec les partenaires tchadiens. "La vie sur place est en fait surtout rythmée par le travail", précise le fonctionnaire. Il y a continué a travailler dans le domaine des routes et des transports, un des secteurs de concentration de l'aide communautaire au Tchad. A son arrivée il n'y avait environ que 250 kilomètres de routes revêtues pour un territoire de plus d'un million de kilomètres carré. "Aujourd'hui la situation a bien changé" explique-t-il. "Une grande partie des problèmes d'enclavement internes et externes sont en passe d'être résolus. En partenariat avec les fonctionnaires tchadiens, il s'agissait de lancer et suivre les études et chantiers de routes et de discuter de politique sectorielle des transports."
Merengue et développement
Après le Tchad, c'est la République dominicaine. La Commission prévoit en effet l'alternance entre des missions dans les pays "faciles" et "difficiles". Saint-Domingue, c'est encore un autre monde, mais plus proche de l'européen. "La capitale est une métropole de trois millions d'habitants, très américanisée avec quelques soucis d'infrastructures concernant notamment la disponibilité en eau courante et électricité, la congestion et pollution atmosphérique" explique le fonctionnaire.
Dans son quotidien, il a surtout été impliqué dans des programmes de luttes contre la pauvreté, notamment pour la construction d'écoles et dans la préparation d'un important projet d'eau et d'assainissement dans les quartiers marginaux de la capitale. Par ailleurs, il a travaillé pour la mise en oeuvre d'importantes études de connaissances sur les ressources en eau et les risques naturels et environnementaux. De la République dominicaine, il garde aussi d'excellents souvenirs, de nombreux amis et une passion pour le merengue, qu'il continue à danser à Bruxelles.
De retour au siège
De retour au siège depuis quatre ans, Gabin Hamann n'y est pas mécontent. Il y a des avantages et des désavantages. "Après 9 ans de soleil, c'est un peu dur d'avoir des étés comme le dernier", dit-il, mais lui et sa femme sont plus près de leur famille, et la qualité de vie à Bruxelles est bonne. Il se découvre en outre une passion pour le vélo, et se verrait bien réparateur de bécanes dans une autre vie. Par ailleurs, il continue des missions de temps en temps sur le terrain, pour travailler sur des projets de puits, de qualité de l'eau, de barrages…
La vie à Bruxelles est peut-être un long fleuve tranquille, mais les sirènes de l'étranger le rappèlent. Gabin Hamann attend de pied ferme son prochain départ en délégation. L'Afrique, l'Asie, l'Amérique du Sud... il ne sait pas encore où cela sera.
Corentin Wauters
10 octobre 2005
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