Maman, les Turcs !
Que pensent les Européens d’une possible adhésion de la Turquie à l’Union européenne ? Pas grand bien, d’après un sondage annuel du German Marshall Fund publié le 6 septembre.
Dans le huit pays européens où le sondage a été réalisé (France, Allemagne, Grande-Bretagne, Italie, Pays-Bas, Pologne, Slovaquie et Espagne), seul 22 % de la population s’est dit favorable au nouvel élargissement.
L’hostilité est la plus marquée en France, où les “non” atteignent 47 % et les opinions favorables ne dépassent pas les 11 %. Ces derniers mois, l’opinion publique nationale défavorable a poussé à peu près tous les groupes politiques du pays à se prononcer contre l’adhésion ou, du moins, à ne pas la soutenir ouvertement. En Allemagne aussi, les «nein» sont nombreux, atteignant les 40 %. Le gouvernement rouge-vert, en profonde crise de popularité, soutient l’adhésion turque, tandis que l’opposition de centre-droit veut tenir à distance le pays musulman. En Italie, un des rares pays à contre tendance, les opinions favorables battent les opinions défavorables 31 à 21, et le gouvernement et l’opposition soutiennent ensemble le nouvel élargissement.
La tendance générale au refus de voir Ankara rejoindre l’Euroclub avait déjà émergé au cours de ces derniers mois. Dans un sondage conduit par Le Figaro en mars 2005, les Européens déclaraient préférer l’Ukraine à la Turquie, qui, comme possible nouveau partenaire de l’Union, ne dépassait que le Maroc en nombre d’opinions favorables.
De l’autre côté, l’enthousiasme des Turcs pour l’Union européenne diminue progressivement. D’après un sondage Eurobaromètre de mars 2005, près des deux tiers de la population serait favorable à l’adhésion à l’Union européenne. Parmi les principales motivations relevées, les attentes de prospérité économique (48 %), celles de plus de protection sociale (34 %), et les possibilités d’émigrer en Europe (30 %). Ces résultats n’ont en revanche pas été confirmés par un sondage commandé en mai par l’AKP, le parti du premier ministre Erdogan, selon lequel les opinions favorables ne dépasseraient pas les 60 %, alors qu’à peine deux ans plus tôt, elles tournaient autour des 80-85%.
Les principales raisons de la baisse de l’enthousiasme turc seraient les «prix élevées» que Bruxelles exigerait d’Ankara, en premier lieu la reconnaissance, même implicite, de la République de Chypre. En outre, les concessions faites au PKK - organisation séparatiste kurde dont le leader Abdullah Ocalan est actuellement en prison à vie -, exigées par certains milieux politiques européens, pèseraient aussi sur l’opinion des personnes interviewées. Enfin, l’exigence toujours plus insistante du Parlement européen pour que la Turquie reconnaisse comme génocide le massacre de centaines de milliers d’Arméniens en 1915-16 par les derniers gouverneurs ottomans, pèserait aussi.
A cette dernière exigence, la grande majorité des Turcs, comme l’ensemble de la classe politique, expriment en bloc la même position : "Olmaz !". Un mot qui, en français, pourrait se traduire "Il n’y a pas moyen !".
Giuseppe Rizzo
8 septembre 2005
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