Droits de l'homme : situation préoccupante
Femmes, minorités ethniques, prisonniers. D'après les organisations internationales qui s'occupent des droits de l'homme, la liste des personnes qui subissent des violations de leur droits de la part des autorités turques est longue. Dans le processus de rapprochement entre Ankara et l'Union européenne, c'est un des thèmes qui provoque le plus de discussions. Nous avons parlé avec Paolo Pobbiati, président d'Amnesty International Italie.
Quels sont les problèmes principaux que relève Amnesty International dans a situation des droits de l'homme en Turquie ?
Malgré certaines améliorations, il y a des problèmes endémiques - en particulier celui de la torture - qui ne sont pas encore affrontées de manière adéquate. Amnesty demande en outre depuis longtemps que l'ex-leader du Parti des Travailleurs du Kurdistan Abdullah Ocalan soit rejugé selon les standards internationaux sur les droits de l'homme. Il y a un grave problème en ce qui concerne la violence que les femmes subissent à l'intérieur de leur propre famille ou communauté - un phénomène qui touche une femme sur deux et reste largement impuni. En général, la situation des prisons reste préoccupante.
Donc en ce moment, le pays est encore loin des standards de l'Europe occidentale ?
Elle est encore très loin des standards internationaux en la matière des droits de l'homme, auxquels n'adhérent par ailleurs pas pleinement tous les pays dits occidentaux.
Par rapport aux autres pays musulmans, la situation turque est-elle meilleure ?
La comparaison n'est pas simple, parce que certains pays de la zone considèrent la Charia comme source législative et d'autres pas. Il n'est pas possible, face à ce peu d'homogénéité, de se prononcer. En outre, Amnesty International ne fait jamais de comparaison entre la situation en matière de droits de l'homme dans un pays par rapport à un autre.
Quels sont, s'il y en a, les mérites du gouvernement Erdogan par rapport au respect des droits de l'homme ?
La législation qui depuis des décennies pénalisait la liberté d'expression et les lois qui violaient les droits culturels et identitaires de la minorité kurde ont été relâchées. Cela est certainement un pas en avant positif.
Les conditions imposées par l'Union pour le démarrage des négociations d'adhésion ont-elles permises une amélioration de la situation ?
La pression de l'Union européenne a eu un effet sur le relâchement des lois qui réprimaient la dissension politique et a en outre été utile pour arriver à l'abolition de la peine de mort.
D'après vous, quelles situations devraient être absolument résolues avant une éventuelle adhésion de la Turquie à l'Union ?
La pleine adhérence de la Turquie aux conventions internationales qui concernent les droits de l'homme, leur respect formel et substantiel.
Si les négociations sont lancées, le processus tout entier devrait durer de dix à quinze ans. Est-ce un laps de temps suffisant pour combler les lacunes de la Turquie ?
L'Union européenne a maintenu en son sein des pays qui ont traversé de graves crises des droits de l'homme. S'il en a la volonté, un pays peut apporter remède aux violations en peu de temps. Pour mettre fin à la torture, par exemple, il ne faut pas dix ans mais seulement que les autorités du pays se prononcent clairement et déclarent illégales et pénalement répréhensible un acte du genre ; il faut qu'ils fassent des procès aux tortionnaires et qu'ils introduisent un règlement et une procédure qui rend les prisons de lieux plus 'transparents' et ouverts aux vérifications des comités internationaux.
20 septembre 2005
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