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Cours de français gratuits à la Commission 150x145.jpgCours de français gratuits à la Commission


Le gouvernement français vient de proposer des cours de français gratuits aux 10 nouveaux commissaires en provenance des pays adhérant. Cette offre devrait permettre aux commissaires qui le souhaitent de maîtriser la deuxième langue la plus utilisée dans les couloirs des institutions européennes, mais elle a surtout pour but de freiner le déclin de la langue de Molière face à l'anglais.

Pour la représentation française auprès de l'Union européenne, cette initiative est nécessaire car la Commission assure son fonctionnement quotidien essentiellement en anglais et en français. Les commissaires auront donc besoin au minimum d'une connaissance passive du français. La représentation précise également que des cours de français avaient déjà été proposés lors des précédents élargissements.

Pour le parlementaire européen britannique Andrew Duff, cette initiative est la bienvenue. Elle prouve selon lui que le français n'est pas supplanté par l'anglais et que la Commission a besoin de "la langue de la diplomatie".

Mais selon le quotidien anglais The Independent, "Paris a peur de perdre la guerre linguistique". Selon le journal, la Commission aurait décidé de prendre en charge une semaine intensive de cours de français dans un château près d'Avignon, pour les commissaires qui le souhaitent.

C'est aussi ce que pense Le Monde, qui constate un recul généralisé de l'usage du français, statistiques à l'appui. "En 2002, à la Commission, 57 % des documents étaient écrits originellement en anglais pour 29 % en français, soit un recul de 10 points en huit ans, l'allemand étant stable à 5 %. Les études économiques de la Commission sont publiées uniquement en anglais, tant pis si Londres n'est pas dans l'euro", écrit le quotidien du soir. La situation est encore pire au Conseil "où 18 % seulement des documents étaient rédigés en français en 2002, pour 42 % en 1997 !" constate le journal.

L'élargissement pour sauver le français

L'inquiétude de la France face à l'élargissement programmé en mai s'explique en grande partie par l'histoire. Contrairement aux idées reçues, le français n'a que peu pâti de l'arrivée du Royaume-Uni en 1973, Londres ayant accepté d'envoyer à Bruxelles des fonctionnaires maîtrisant le français. C'est surtout après 1995, date de la fin de la Commission Delors et de l'entrée dans l'Union de l'Autriche, de la Suède et de la Finlande que l'anglais s'est définitivement imposé. Plus l'Union comptera de langues, plus l'anglais jouera un rôle de langue "pivot", suffisamment comprise par tous les interlocuteurs.

Le combat pour une place significative du français dans les institutions européenne n'est pas perdu pour autant. Paradoxalement, c'est peut-être même l'élargissement qui pourrait sauver le français de la marginalisation. Lorsqu'elle recrute, la Commission est exigeante : elle demande aux candidats de maîtriser deux, voire trois langues étrangères. Le défi pour le gouvernement français consiste donc à persuader les fonctionnaires lettons ou chypriotes que le français doit rester la deuxième langue "pivot"? après l'anglais.

4 mars 2004