Erasmus souffle ses vingt bougies
Une langue supplémentaire et des amis dans toute l’Europe : ce sont deux des principaux bénéfices que les étudiants ramènent de leur année «Erasmus». Près d’un million et demi d’étudiants ont profité jusqu’à présent du programme d’échanges universitaires, considéré comme l'un des programmes les plus réussis de l’Union européenne.
Nommé d’après l’humaniste et théologien néerlandais Érasme (et acronyme de «European Region Action Scheme for the Mobility of University Students»), Erasmus a été crée par la Commission européenne en 1987 afin de favoriser la mobilité des étudiants et des enseignants, dans le but de renforcer la qualité et la dimension européenne de l’enseignement supérieur.
Erasmus a supprimé les principaux obstacles aux échanges. Ainsi, les étudiants ne doivent pas payer de frais d’inscription supplémentaires à l’université d’accueil, et un système de transfert de crédits leur permet de faire reconnaître chez eux les modules effectués pendant leur séjour à l'étranger. Par ailleurs, des bourses (environ 160 euros par mois) couvrent une partie des frais liés à la vie à l’étranger.
Depuis son lancement, le programme n’a cessé de grandir : De 3.200 participants la première année il est passé à 144.000 en 2005, ce qui représente environ 1% de la population estudiantine européenne. Désormais, 32 pays participent au programme (les Etats Membres de l’UE plus l’Islande, le Liechtenstein, la Norvège, la Suisse et la Turquie), contre 11 il y a vingt ans.
«Génération Erasmus»
Le succès d’Erasmus a largement dépassé son but académique initial. En suscitant un sentiment de communauté chez les étudiants de différents pays, le programme a crée une génération de jeunes européens - dite «Génération Erasmus» - qui parlent au moins deux langues et sont habitués à fréquenter des personnes de leur age venant des autres parties du continent.
«La Génération Erasmus a, contrairement aux générations précédentes, la possibilité de vivre non seulement dans un pays mais dans un groupe de pays. Autrefois, les gens avaient peur de voyager, mais aujourd’hui cela les attire», explique Valerio Noviello, président de la branche romaine de l’Erasmus Student Network, une association qui aide les étudiants d’échange à s’installer dans leur ville d’accueil.
Selon le politologue Stefan Wolff, «d’ici 15, 20 ou 25 ans, l’Europe sera dirigée par des dirigeants ayant une sociabilisation complètement différente de celle des dirigeants actuels» (International Herald Tribune du 26 avril 2005). Peut-être que, sans le vouloir, l’Union européenne a crée avec Erasmus un programme qui permet d’unir l’Europe par la culture, un domaine que certains jugent crucial pour l’intégration du continent et de ses peuples.
Erasmus est devenu un phénomène culturel : les fêtes «Erasmus» multilingues et mouvementées sont célébrées dans toutes les villes universitaires d’Europe. Au cinéma, le film français L’Auberge espagnole, qui décrit la vie d’étudiants Erasmus à Barcelone, a connu un énorme succès en 2002, provoquant même, dit-on, une augmentation du nombre de Français s’inscrivant au programme.
L’Espagne, le pays de L’Auberge espagnole, est de loin la destination Erasmus la plus populaire. En 2005, quelques 25.500 personnes ont passé entre un trimestre et un an à Barcelone, Madrid ou ailleurs, attirés par la langue, le soleil et le mode de vie. La France, deuxième avec 20.500 étudiants, n’est pas de reste, tandis que l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Italie complètent le top 5 des pays le plus prisés.