Accord transatlantique historique sur le vin
L'Union européenne et les Etats-Unis ont signé, ce vendredi 10 mars, un accord historique sur le vin. Celui-ci ponctue 20 ans de négociations marquées par l'incapacité à concilier durablement deux conceptions opposées de la fabrication et de la commercialisation du breuvage de Bacchus. Pour parvenir à un accord, les deux parties auront finalement dû mettre… de l'eau dans leur vin.
De l'eau dans le vin, il en est littéralement question, puisque les Européens ont accepté de reconnaître la pratique œnologique du "mouillage", qui consiste à allonger le vin avec de l'eau pour en faire baisser le titre alcoolique. D'autres procédés de fabrication interdits en Europe mais répandus outre-atlantique sont aussi acceptés, comme l'introduction de copeaux de bois dans les barriques pour accentuer le goût bois du vin.
En contrepartie, les Etats-Unis s'engagent à limiter l'utilisation de certaines appellations comme "porto", "médoc" et "champagne" dans leur pays. Par ailleurs, Washington accepte d'exempter les vins de l'UE des exigences américaines en matière de certification de 2004. Celles-ci, accompagnées d'analyses de laboratoire, auraient pu constituer une barrière importante pour des produits de Vieux Continent.
Le premier client
"Cet accord facilitera l'accès des vins communautaires au marché lucratif des États-Unis, dont les consommateurs apprécient vivement la qualité et la longue tradition de notre production viticole", a déclaré Mariann Fischer Boel, la commissaire chargé de l'agriculture. Les Etats-Unis, premier client extérieur du vin européen, en importent chaque année pour plus de 2 milliards d'euros. Le commerce dans l'autre sens n'atteint pas un demi-milliard d'euros, mais il est en forte croissance.
De nombreux observateurs s'accordent pour dire que l'accord bilatéral est une bonne chose pour l'Europe. En effet, un règlement du dossier à l'OMC, où seule la protection de la santé des consommateurs peut justifier l'interdiction d'un produit, aurait très probablement été moins favorable à l'UE. Les deux parties ont d'ailleurs convenu de chercher, à l'avenir, à régler leurs différends bilatéraux par des consultations informelles plutôt que par des procédures formelles de règlement des contentieux.
Pour certains producteurs européens, l'accord sera dur à avaler comme une piquette, mais les négociateurs de l'UE auront estimé que c'était le prix à payer pour continuer à profiter au mieux du commerce transatlantique.
13 mars 2006